travail en cours, sur les pistes de La Lièvre

piste 1,  sur Katinosipi, à partir du Baskatong.

du Baskatong piste de La Lièvre 1

 

 

piste 2, Wabush, descente vers la grande rivière.

de La lièvre piste 2, Wabush, descente vers la grande rivière.

 

 

piste 3, les cabrioles de La Lièvre

 

piste 4, au dessus de la Baie

au dessus de la Baie, du Lièvre la piste 4

encres sur papier marouflé, 30 cm x 240 cm

 

La piste, dans le sens de la Lièvre et de Carcajou.

Le titre de l’œuvre « Les cabrioles de La Lièvre »  est un clin d’œil à l’anthropologue québécois Rémi Savard qui avait qualifié de cabrioles sémantiques les changements de registres que le personnage mythologique du Grand Lièvre accompli à travers les contes de la tradition orale autochtone nord américaine. La Grande Lièvre est un personnage féminin ou masculin qui bouscule les catégories et dont les actions imprévisibles peuvent s’avérer bénéfiques, ou catastrophiques. C’est un caractère farceur qui se joue des règles et tabous, traversant allégrement les situations, jouant des tours, tirant le meilleur de toute situation. Le Grand Lièvre vole dans le ciel, elle aime aussi les eaux tumultueuses ou les rochers défient la course d’une rivière. Le rôle d’un tel personnage est subtil et complexe et ses cabrioles sémantiques signifient une possibilité de dépassement du connu. Sa curiosité, son gout de l’aventure et de la découverte la mettent en porte à faux vis à vis des codes de conduites du groupe. Par son indomptable sens de la liberté La Grande Lièvre fait figure d’artiste-philosophe ouvrant des possibilités vers l’expérimentation et la découverte de nouvelles modalités d’existence. C’est un vecteur de réalisation individuelle et culturelle dont le groupe tirera profit. Par son caractère asocial La Lièvre s’apparente à d’autres personnages, farceurs coquin et filous, les fameux « tricksters » de la tradition autochtone, tels Coyote, Corbeau ou Carcajou. On retrouve Carcajou chez les Innus sous le nom de Kuekuatsheu. C’est l’anti-héro par excellence ; nauséabond glouton et fornicateur, au contraire de La Lièvre il est la démonstration par l’absurde de l’importance de respecter les catégories naturelles ou celles de la tradition en ce qui a trait à la chasse à l’alimentation à la sexualité et aux relations familiales. Et quand par convoitise, il essaiera d’imiter les méthodes de chasse d’une autre espèce animale, ce qui fini toujours en catastrophe, Carcajou se couvre de ridicule et sa femme de lui répéter immanquablement à chacun de ces échecs, « Tu cherches encore à imiter quelqu’un ! »

Ces contes démontrent  l’intégrité et la fierté de l’être libre et autonome dans le respect des limites assignées par sa propre nature. Voila la leçon que nous offre cette culture. Le Carcajou des Innus est aux antipodes de ce personnage monstrueux, ce produit commercial qu’est le Wolverine des bandes dessinées. Car wolverine,  glouton (Gulo luscus, Linné), c’est encore lui, le carcajou. Au Québec il est considéré comme une espèce en voie de disparition. Une fondation a été mise sur pied pour tenter de favoriser son rétablissement sur le territoire québécois. Pour ce qui est des personnages de Kuekuatsheu et de Mishtapush le Grand Lièvre, bien que porteurs d’une lignée de contes qui, au cours de millénaires ont voyagé de la Sibérie orientale jusqu’aux côtes du Labrador, ils ont quasiment disparu des mémoires. Nul ne se soucie plus de ces rares vestiges de la pensée sauvage.

Comme guides de Sur-Vie au travers des guerre médiatiques, afin de créer d’autres modalités de relation à l’image, pour le chant et pour la poésie, j’inviterai la Grande Lièvre, j’invoquerai l’esprit de Carcajou pour faire résonner une musique de l’espace à travers les rythmes et tonalités de la forêt boréale. Son esprit indomptable, sa vitalité et son courage indéfectible, sa résilience sauvage et solitaire nous seraient bien utiles en cette époque ou nous nous éteignons dans le confort des images toutes faites.